Que nous enseignent les oiseaux ?
Par : Denis, Serge
Qu'y a-t-il
de si fascinant avec les oiseaux?
Ce qu'il y a de particulier avec les oiseaux, et
c'est sans doute pour ça que l'ornithologie est le loisir en plus forte
croissance en Amérique du Nord, c'est qu'ils sont présents partout, dans les régions
chaudes comme dans les froides, en ville ou en campagne, dans les secteurs secs
ou humides... il y en a partout. On peut aller à l'autre bout du monde pour
voir des espèces rares et on peut faire de l'observation dans notre cour. Même
les personnes limitées dans leurs déplacements peuvent s'y adonner. En plus,
c'est un loisir abordable et accessible en toute saison à n'importe quelle
heure du jour ou même de la nuit.
Qu'ont-ils
de si particulier pour qu'on les observe avec tant d'insistance?
Ils sont beaux et ils chantent bien, ce qui les rend
déjà plus intéressants que la plupart des animaux ou insectes. Ils
n'inspirent aucune répulsion, comme les couleuvres, les araignées ou les
chauves-souris, par exemple, et ne sont pas dangereux. Finalement, ils sont
nombreux et variés.
Combien
d'espèces restent chez nous l'hiver?
Sur les 350 espèces qu'on retrouve au Québec, une
centaine vivent ici tout l'hiver, dont autour de 80 dans notre région.
Qu'est-ce
qui détermine si telle espèce va demeurer ici l'hiver ou migrer?
Il y a deux principales catégories d'oiseaux qui
restent ici l'hiver. La première est composée des résidants, qui sont ici à
longueur d'année. Parmi ce groupe, on retrouve par exemple la mésange, le geai
bleu, le pic, la sitelle, le roselin. Dans la deuxième catégorie, ce sont les
oiseaux qui vivent plus au Nord en été et qui viennent ici pour passer
l'hiver. C'est le cas de la chouette et du hibou, du sizerin, qui vient aux deux
ans, le durbec des sapins, qu'on retrouve en abondance cette année, le jaseur
boréal... Ce sont tous des oiseaux que nous ne voyons qu'en hiver ici. Ils
voyagent en fonction de l'abondance de nourriture. Ils ne se déplacent pas à
dates fixes, comme les migrateurs.
Pourquoi
d'autres choisissent de partir?
C'est toujours une question de disponibilité
alimentaire. Les insectivores, c'est certain qu'ils s'en vont en hiver. Ceux qui
restent sont les granivores, les frugivores et les rapaces. Certaines espèces
qui préfèrent une alimentation diversifiée vont choisir d'aller dans le Sud.
A-t-on noté
certains changements depuis qu'on les observe?
Avec le réchauffement des températures, on se rend
compte que de plus en plus d'espèces vont demeurer ici tout l'hiver. Dans
plusieurs cas, il s'agit d'oiseaux du nord des États-Unis qui agrandissent leur
territoire, comme le cardinal rouge, la mésange bicolore et le pic à ventre
roux.
Est-ce une
bonne idée de les nourrir?
Il y a deux écoles de pensée là-dessus. Certains
remarquent qu'il y a plus d'oiseaux qui meurent en frappant les vitres des
maisons ou qui se font attraper par des chats quand il y a des mangeoires à
proximité. D'autres font valoir que ça favorise un meilleur taux de survie en
général. Le pourcentage de nourriture que les oiseaux vont chercher dans les
mangeoires demeure assez faible.
Nourrir les
oiseaux sert surtout à les attirer près des maisons.
Souvent, il s'agira du premier pas pour bien des
gens vers une sensibilisation à la beauté des oiseaux d'abord, et de la nature
ensuite. Cet émerveillement que leur procurent les découvertes rend les gens
plus soucieux de la conservation de ces habitats naturels. La découverte des
oiseaux est souvent une porte d'entrée vers une conscience écologique plus
marquée.
Que doit-on
leur offrir?
Si on ne doit offrir qu'une sorte de graines, la
meilleure est celle de tournesol. Si on offre en plus du chardon, on aura des
espèces qui n'iront pas chez le voisin parce qu'elles préfèrent le chardon.
Et si on ajoute le suif et le pain d'oiseaux, on va avoir beaucoup de succès,
c'est certain.
Comment
faire pour que les corneilles ne viennent pas tout prendre?
Certains types de mangeoires sont plus sélectifs et
limitent l'accès aux oiseaux de plus grande taille. Mais il faut aussi s'arrêter
à observer aussi ces oiseaux pour développer la tolérance et apprendre à les
apprécier. Ça va à l'encontre de notre habitude de tout choisir selon notre
bon plaisir comme on change de chaîne sur la télé. La nature est comme ça:
c'est elle qui décide ce qu'elle présente.
Les 15, 16,
17 et 18 février aura lieu le 11e Grand Décompte nord-américain des oiseaux.
À quoi sert cet exercice?
C'est une occasion de dresser un portrait des
populations d'oiseaux sur l'ensemble du continent. Ça donne un aperçu de l'évolution
de certaines espèces. L'exercice s'adresse à tous les ornithologues amateurs.
Tout le monde peut faire ça dans sa cour, dans un parc ou un boisé et envoyer
ses observations sur internet.
Qu'apprend-on
de ces décomptes?
Ça sert essentiellement à dégager des
tendances. Si on observe que 20 000 mésanges cette année alors qu'on en a
compté
Encadré(s) :
À chaque hiver, c'est comme si les oiseaux nous
faisaient une faveur.
Pendant que la nature semble endormie sous la neige
et que les nordiques insoumis que nous sommes pestent contre la moindre chute de
neige, ces minuscules bêtes sans fourrure chantent comme si tout baignait sous
les tropiques. Libres comme le vent, ils sont pourtant plus d'une centaine à
choisir de nous accompagner durant la saison des souffleuses, dont 80 dans notre
région.
Le 11e Grand Décompte nord-américain
des oiseaux, qui se tient du 15 au 18 février à la grandeur du continent,
est l'occasion de savoir quelles espèces il faut remercier pour cette vie qui
continue de vibrer à
FICHE
D'IDENTITÉ
NOM: Serge Beaudette
ÂGE: 30 ans
ORIGINE:
Saint-Jean-sur-Richelieu
TITRE:
Professionnel en ornithologie
DOMAINES:
Photographe, animateur, formateur, conférencier,
mais surtout immodérément passionné d'oiseaux
SITE INTERNET:
pitpitpit.com
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